
Enki Bilal est naît à Belgrade en 1951: d'une mère tchèque et d'un père bosniaque. La ville saigne alors encore des plaies reçues durant la seconde guerre mondiale. L'enfant en nourrit son regard. A dix ans, il part rejoindre son père en France. Dix ans encore et, rassasié de cinéma et de bandes dessinées, il gagne un concours organisé par le journal Pilote. En 1972, il y publie sa première histoire et rencontre Pierre Christin. De cette rencontre, naissent plusieurs albums, dont Les Phalanges de l'Ordre Noir (79) et Partie de Chasse (83), qui marquent la prédilection des auteurs pour des sujets géopolitiques mêlant l'approche journalistique et le fantasme. D'autres livres suivent, explorant d'autres formes narratives, Los Angeles, l'Etoile oubliée de Laurie Bloom, Coeurs Sanglants (toujours avec Pierre Christin) et Hors-jeu (avec Patrick Cauvin). Parallèlement, Bilal réalise en solo trois albums hors-normes, La Foire aux immortels (80), La Femme Piège (86), et Froid Equateur que le magazine "Lire" de Bernard Pivot, sacre meilleur livre de l'année (92). Grand prix d'Angoulême en 1987, Bilal qui n'a pas oublié son travail avec Alain Resnais sur La Vie est un Roman, réalise son premier long métrage de cinéma, Bunker Palace Hôtel (89) . Il se passionne également pour la scénographie et travaille avec André Engel sur un opéra de Denis Levaillant, O.P.A. Mia, ainsi que pour le Lyon Opéra Ballet et le chorégraphe Angelin Prejlocaj (Roméo et Juliette de Prokofiev). Quarante ans ont passé, Belgrade n'est plus que la capitale de la Serbie et l'ex-Yougoslavie panse difficilement ses plaies. Ce qu'a enregistré, entre temps, le regard de Bilal, nous le trouvons dans les couleurs, la force et le baroque de ses livres. Après la sortie de son deuxième film, Tykho Moon. Salué(!) par la critique unanime, il s'est remis avec bonheur à la bande dessinée ( avec Le sommeil du Monstre) et il a veillé sur la réédition de cet ouvrage chez son ami Christian Desbois. Là, ce gentleman dont le pays natal n'existe plus, qui a su, apprivoiser l'humour, nous offre - scrutant la vie privée de son fameux couple Nikopol/Jill Bioskop - un hymne à l'amour d'un modernisme qui devrait bien durer deux ou trois siècles ( avec Bleu Sang).
|
LA TRILOGIE NIKOPOL |
|